FFaire face aux maladies de société Selon les données du 6e rapport du GIEC, le changement climatique est la plus grande menace pour la santé humaine. Maladies cardiovasculaires causées par les hausses des températures, maladies respiratoires liées à la pollution atmosphérique, maladies animales transmissibles à l’homme causées par l’effondrement de la biodiversité et l’agriculture intensive, ou encore problèmes de santé mentale, avec le développement de troubles anxieux et des traumatismes causés par les catastrophes naturelles. Toutes ces maladies de société ont un trait commun : « Elles sont intrinsèquement liées aux nouveaux modes de vie de nos sociétés industrialisées. C’est un constat difficile, dont il ne faut pas se détourner », ont affirmé Marianne Chouteau et Adina Lazar, enseignantes chercheuses à l’INSA Lyon. À l’occasion du deuxième séminaire « Let’s look up! » en mai dernier, le collectif de chercheurs et d’enseignants-chercheurs de l’INSA Lyon et de l’Université Lyon 1 ont exploré cette thématique.>> Le cas des zoonosesLes dernières décennies ont montré une accélération dans l’émergence de zoonoses, ces maladies qui passent de l’animal à l’homme. Déjà identifié depuis le Néolithique, il est désormais connu que ce mécanisme de contamination peut être à l’œuvre dans différents cas : lors d’un contact direct avec un animal contaminé ; par l’intermédiaire de l’environnement (eau, sols) ; par l’intermédiaire d’un animal vecteur ; ou encore par la consommation d’aliments d’origine animale contaminés. C’est avec la présentation détaillée de cette pathologie bovine que débute la présentation de Thierry Baron1,chef de l’Unité Maladies Neurodégénératives de Lyon. Après des années de recherches sur les maladies à prions, il dirige aujourd’hui des études sur la maladie de Parkinson et autres variants. À travers ses travaux, il a pu montrer que le développement de cette maladie pouvait être favorisé par l’exposition à divers composés naturels ou artificiels comme les pesticides. « Les maladies à prions sont, dans la plupart des cas, considérées comme sporadiques, et leur cause est inconnue. Mais parfois des clusters de malades sont observés localement, il est alors possible d’aller rechercher les déterminants possibles de ces maladies par des enquêtes de terrain », explique le directeur de recherches de l’ANSES.>> Environnement et technologie : les autres déterminants de la santéDans les années quatre-vingt, la crise de la vache folle avait sévi en Europe, causé notamment par la concentration d’animaux d’élevage. La crise avait entraîné des victimes humaines, des milliers de vaches abattues et une crise économique pour la filière bovine, conséquences d’un changement du procédé industriel de fabrication de farines animales. La baisse de la température de cuisson, qui visait à optimiser la qualité nutritive, limiter le coût de production, et réduire l’impact sur l’environnement et le personnel technique, a conduit à une crise de grande ampleur. Ainsi, dans le cas de la crise de la vache folle, la barrière de l’espèce a été franchie : le prion est passé du mouton à la vache, puis de la vache à l’homme via l’alimentation causant 28 décès recensés et confirmés. Intrinsèquement liée à l’organisation industrielle, cette crise a souligné les limites de la logique de performance de nos sociétés. « C’est une illustration de la nécessité de (…)>> Lire la suite de l’article sur le site :Insa lyon
PPesticides et cancer Une soirée grand-public est organisée sur le thème des Pesticides et cancer, de la recherche à la prévention.Cette soirée permettra de réunir des experts scientifiques sur ce sujet pour présenter un état des lieux de la recherche actuelle et présenter des résultats liés à des projets menés depuis plus de 10 ans sur le territoire de la Métropole de Lyon.> Programme :18h-18h45 : visite des stands et accueil café ;18h45-20h : conférence plénière ;20h-20h30 : visite des stands et cocktail convivial.Intervenantes : Dre Mary Schubauer-Berigan | Cheffe, Branche Synthèse des données et classification, Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC)Dre Astrid Coste | Epidémiologiste, Centre Léon Bérard (CLB)Co-organisée avec : le Centre International de Recherche sur le Cancer – CIRC -, le Centre Léon Bérard – CLB – et le Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône Alpes – CLARA.Dans le cadre de : la 8e édition Série d’échanges et dans le cadre de la campagne de prévention Protégeons-nous des pesticides.> Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : CLARA©DR
88e journée thématique du Centre de recherche en cancérologie de Lyon | En anglais Le centre de recherche en cancérologie de LYON – CRCL – vous invite à sa 8e journée thématique.À cette occasion, nous aurons le plaisir d’accueillir quatre conférenciers au cours d’une journée.>> Le programme > à consulter en lignePrésidentes de séance : Maria Ouzounova, Charlotte Rivière9h30 – Introduction |Patrick Mehlen, Directeur du CRCL & Marc Billaud, CRCL9h45 – Sous pression : comprendre comment la compression stromale régule la mécanotransduction tumorale |Jorge Barbazan, Fondation de l’Institut de Recherche en Santé de Saint-Jacques-de-Compostelle (IDIS), Espagne11h – Mécanobiologie nucléaire de la migration cellulaire confinée | Jan Lammerding, Université Cornell, IthacaPAUSE DÉJEUNERPrésident(e)s de séance : Virginie Petrilli, Olivier Meurette14h – Le défi (et les opportunités) de l’interface physique-biologie pour intégrer la mécanobiologie dans le développement des maladies | Olivier Destaing, Institut pour l’Avancée des Biosciences, Grenoble15h30 – Condensats biomoléculaires mécano-actifs comme médiateurs de la stabilité du génome et de la biogenèse des organelles | Stephen Michnick, Université de Montréal, Montréal >> Pour plus d’information, rendez-vous sur le site :CRCL
PPenser la santé | #1 Dossier Pop’Sciences « Santé mentale : entre pathologies et bien-être » Tête de femme « Méduse », Lumière et Ombre, 1923 au musée des Beaux-Arts de Lyon / ©Jawlensky Alexej von – Wikimédia commonsSi la santé est un état, c’est aussi un concept. La question de la santé peut alors être envisagée autrement que sous l’angle de la médecine, comme situation particulière d’un organisme, mais aussi à partir de ce qu’implique sa définition. La philosophie s’est ainsi emparée du terme et de ce qu’il entend décrire, conduisant une véritable enquête réflexive à la recherche des contours d’un objet polymorphe.Un article rédigé par Ludovic Viévard, rédacteur,pour Pop’Sciences – 29 février 2024 Absence de maladie ou bien-être ?Longtemps comprise comme un déséquilibre des humeurs composant le corps, la santé ne se conçoit qu’à partir du 19e siècle comme l’absence de maladie. Elle devient science de la pathologie et, dans ce modèle dit biomédical, elle est le domaine exclusif du médecin. En 1946, l’Organisation mondiale de la santé en formule une nouvelle définition :« un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».Un état positif donc, dans la mesure où il n’est pas l’effet d’un manque, mais sous-tend une forme de plénitude de l’être que celui-ci soit envisagé dans sa dimension relationnelle ou individuelle. Avec l’explosion des maladies chroniques, la santé évolue encore ; puisqu’il s’agit de vivre avec et non d’en guérir, elle sera considérée comme « la capacité d’adaptation et d’autonomie face à des défis sociaux, physiques et émotionnels »1.Engelshut, 1931 / ©Gemäldescan Christian Mantey – Wikimédia commonsLa santé comme objet d’enquête philosophiqueCe (trop) rapide tour des conceptions de la santé vise seulement à souligner combien la notion de santé a varié. Mais au-delà de l’histoire des idées – qui en décrit l’évolution des formes dans le temps –, la santé peut être interrogée en tant que concept. C’est tout l’objet de la philosophie de la santé explique Élodie Giroux, professeure des universités en philosophie des sciences et de la médecine – Université Jean Moulin Lyon 3, pour qui il s’agit « d’interroger des concepts du sens commun, de les critiquer ou de questionner leur usage »2. Une entreprise d’autant plus nécessaire que la santé est un concept « vulgaire », dira le philosophe G. Canguilhem, au sens où il appartient à tout le monde. Cette enquête philosophique, indique la chercheure, « engage des questions [telles que] : qu’est-ce que la normalité humaine ? Qu’est-ce que l’identité, la norme, la différence, la ressemblance, les rapports entre le même et l’autre ? Y a-t-il une définition biologique de la norme et de l’espèce humaine ? Comment s’articulent les dimensions biologiques, sociales, psychiques de la vie humaine dans les notions de santé et de maladie ? »3L’individu, la société, la planètePour comprendre la pleine portée de ce questionnement philosophique, on peut évoquer quelque unes des frontières qu’il bouscule. Georges Canguilhem, par exemple, portera son effort critique sur la rationalité médicale. La médecine, essentiellement empirique et statistique, édicte un état normal qu’elle oppose au pathologique. Or, dira Canguilhem, la vie est normative, au sens où elle produit ses propres normes nécessaires à son maintien et à son développement. Ainsi, écrit Élodie Giroux, « les concepts de normal et de pathologique n’ont de signification que par rapport à cette normativité du vivant, qui elle-même ne peut se comprendre que dans la relation d’influence réciproque d’un vivant avec son milieu »4. On voit que la question de la santé quitte le registre de la pure objectivité pour faire part à la subjectivité de la personne.Mais la santé peut aussi s’interroger dans sa dimension sociale. On retrouve ici la définition de l’OMS dans laquelle « la santé est envisagée comme un état qui permet avant tout à l’individu humain d’assumer ses fonctions relationnelles, sociales et familiales et son rôle professionnel »5. Si pour Élodie Giroux cette définition pose difficulté en ce qu’elle fait insuffisamment la différence entre santé et bonheur, elle installe une conception dite bio psychosociale de la santé. Dans ce modèle, l’individu est relié à un ensemble de systèmes de plus en plus extérieurs à lui-même et qui, de ses cellules à la biosphère, contribuent à en définir la santé.Ainsi, au-delà de la dimension sociale, la santé peut-elle être analysée dans le lien de l’individu à l’environnement. Se font alors jour des perspectives globalisantes, avec la notion de santé environnementale, de santé globale ou d’une seule santé (One Health). Si cette dernière approche « ne repose pas encore sur une définition consensuelle », souligne Élodie Giroux, elle permet « d’alerter sur l’interdépendance entre santés humaine, animale et environnementale et l’importance de l’interdisciplinarité »6.On le voit, la santé n’engage pas que le corps et l’esprit. Penser la santé, c’est conduire une réflexion sur l’humain, son rapport à lui-même et aux autres, humains et non humains, ainsi que son environnement.—————————————————————Notes[1] : Huber, M., Knottnerus, J.A., Green, et al. (2011), « How should we define health? », BMJ 2011, 343(4163)[2] : « Note de fin », Revue Phares, vol. XVI, hiver 2016[3] : « Note de fin », Revue Phares, vol. XVI, hiver 2016[4] : Philosopher sur les concepts de santé : de l’Essai de Georges Canguilhem au débat anglo-américain », Dialogue, 52 (2013)[5] : « Concept de santé », Encyclopædia Universalis [s.d.][6] : « Concept de santé », Encyclopædia Universalis [s.d.]
UUn champ en perpétuelle transformation | #2 Dossier Pop’Sciences « Santé mentale : entre pathologies et bien-être » A Woman Suffering from Obsessive Envy, circa 1819-1820, au Musée des beaux-arts de Lyon / ©Alain Basset, Stéphane Degroisse – Wikimédia commonsLa conception de la maladie mentale et de sa prise en charge a considérablement changé au fil du temps. Mais c’est à partir de 1950, et surtout depuis les années 1990, qu’interviennent les ruptures les plus fortes et que s’impose le terme de santé mentale. Celle-ci est intégrée au champ de la santé globale alors que la priorité est désormais de maintenir les personnes atteintes de troubles psychiques dans l’espace social.Un article rédigé par Ludovic Viévard, rédacteur,pour Pop’Sciences – 29 février 2024 De la folie au trouble mentalTrès ancienne – on la trouve déjà dans l’Antiquité – la notion de folie désigne l’inverse de la raison. Le fou est aliéné c’est-à-dire incapable de rationalité. Infirme, possédé ou puni par Dieu, les interprétations sont diverses mais la conséquence est toujours la même : le fou est rejeté de l’espace social. Avec l’apparition de la psychiatrie, la « folie » cède progressivement la place à la « maladie mentale ». Mais au fil du 19e siècle, cette dernière est de plus en plus souvent considérée comme héréditaire et donc incurable. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le rapport entre normalité et pathologie est requestionné, en particulier par le philosophe Georges Canguilhem, ouvrant la voie à une autre conception, moins stigmatisante de la maladie mentale. C’est notamment sur la base de ses travaux que l’OMS propose, en 1946, une définition positive de la santé comprise comme un « état de complet bien être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Pour l’historienne de la psychiatrie Isabelle von Bueltzingsloewen, « c’est à partir de là qu’on peut commencer à parler de santé mentale ».La visita al hospital, 1889 in the book: Historia del Arte ©Photo scan – Wikimédia commonsDe l’enfermement à la déshospitalisationUne seconde transformation concerne la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux. Isabelle von Bueltzingsloewen explique que « jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, celle-ci se fait quasi exclusivement à l’hôpital psychiatrique – terme qui n’apparaît qu’en 1937 pour remplacer celui d’ »asile d’aliénés » ». Après la guerre, et surtout à partir des années 1960, se manifeste la volonté de rompre avec l’enfermement jusqu’ici considéré comme une thérapeutique à part entière. Les hôpitaux psychiatriques s’ouvrent sur l’extérieur et « on assiste à une déshospitalisation des patients grâce à la création de structures extra-muros. Le nombre de longs séjours asilaires diminue progressivement pour ne plus concerner que les patients « en crise » ». Aujourd’hui, la plupart des personnes atteintes de troubles mentaux sont suivies hors de l’hôpital, dans des centres médico-psychologiques (CMP), des hôpitaux de jour, des centres d’accueil thérapeutiques à temps partiel (CATTP) ou vivent dans des foyers ou des appartements thérapeutiques. Cette évolution s’est traduite par une diminution drastique du nombre de lits hospitaliers. Or les moyens des structures extra-hospitalières étant insuffisants,nombre de patients vivent dans la rue ou sont en prison.Vers une réhabilitation socialeSi ce mouvement de déshospitalisation est soutenu par de nombreux psychiatres et par les politiques de santé publique, il a été rendu possible par l’apparition, à partir des années 1950, de nouveaux traitements médicamenteux (antipsychotiques, anxiolytiques, neuroleptiques retard, etc.). Mais il va aussi de pair avec l’affirmation du courant optimiste du rétablissement (Recovery). Venu d’Amérique du Nord, celui-ci se développe en France depuis les années 1990. « Ce qui est visé est moins la guérison que le renforcement des capacités et du « pouvoir d’agir » (empowerment) du patient qui, grâce aux techniques de remédiation psycho-sociale1, mais aussi grâce à des dispositifs tels que l’allocation aux adultes handicapés (AAH), doit pouvoir prendre sa vie en main et trouver sa place dans la société », indique Isabelle von Bueltzingsloewen. Puisant à la même inspiration, l’accompagnement des patients par des pairs, c’est-à-dire par des personnes ayant ou ayant eu elles-mêmes des troubles, prend une place de plus en plus importante grâce à la création des groupes d’entraide mutuelle (GEM).De l’aliénation à la neurodiversitéÉvoquons une dernière transformation qui concerne le regard porté sur les personnes atteintes de troubles de la santé mentale. Si les préjugés sont encore tenaces, les évolutions précédentes ont induit un mouvement progressif de déstigmatisation et d’inclusion des personnes atteintes de troubles psychiques. Elles se prolongent dans la prise de parole de personnes qui refusent d’être catégorisées comme malades ou souffrant d’un quelconque trouble. Ainsi, précise Isabelle von Bueltzingsloewen, « les voice-hearers, par exemple, considèrent qu’il est tout à fait normal d’entendre des voixet renvoient l’anormalité du côté de ceux qui n’en entendent pas ». À ceux qualifiés de neurotypiques, il est ainsi opposé une neurodiversité qui installe la possibilité d’une différence radicale, y compris dans le rapport à l’autre et au réel.—————————————————————Note[1] : Reprogrammation mentale : une dialmectique corps & cerveau, un article Pop’Sciences rédigé par Nathalie Mermet – Mars 2021
LLe rétablissement en santé mentale | #3 Dossier Pop’Sciences « Santé mentale : entre pathologies et bien-être »